Lundi 15 juin 2009
1
15
/06
/Juin
/2009
11:54
L’ex Pic Lenine,
grasse colline aux draps blancs s’ étire dans la vallée de l’Allai et sur la steppe qui s’ étale a ses pieds. IL lui a donne son nom mais ce n’est pas le plus beau des pics culminants a 7000
mètres que nous ayons vu. Derrière, pointe au-dessus des nuages le pic communiste... Mégalomanie et époque révolue. Les sommets ont tous été rebaptises depuis l
indépendance mais personne ne connaît leurs nouveaux noms...
Vent et sable. Nos pires ennemies associes avec un seul but en tete : nous faire fléchir, nous agenouiller. Nous
faisons face, tête droite, nous acceptons le combat, a 4 km/heure de moyenne, 25 kilomètres en 7 heures ! Deux fois nous jetons les vélos sur le bas-cote de la route, anéantis, Mais nous
tenons fermement les cornes de nos guidons entre les mains. A 16 heures, les ennemies trouvent un nouvel allie de force : la pluie ! Nous repérons une vaste étendue, des chevaux,
deux yourtes – nous tombons devant- vaincu – K.O. Nous restons plusieurs jours au milieu de ce camp d’été, nous récupérons des forces avec de la crème fraîchement barattée et des grands bols de
‘koumis’, du lait de jument fermente dont les nomades s’abreuvent, s’étourdissent un peu la tête avant de faire une sieste(depuis, en Chine, les nomades Ouïghours nous ont fait goutter du
koumis de lait de chamelle). Le soir nous rassemblons toutes les bêtes, on trait les yacks, les vaches, les juments, on s énerve contre les brebis têtues avant de rentrer se réchauffer et
s’abreuver de thé brûlant. Nous égayons les journées en crapahutant dans les hauteurs voisines, nous atteignons quelques sommets, de crêtes en crêtes,
d’arêtes en arêtes, saoules par le vent, nous somnolons a l abri de notre tente l’après midi... Chute brutale des températures, soudain l’eau ne glisse plus sur la toile, elle colle,
s’amasse :
- Il neige !
- T’es fou, on est le 10 juin et nous ne sommes plus qu’a 3500 mètres d’altitude, répond Lucylle en s’engouffrant
dans son sac de couchage. Le lendemain, une épaisse couverture neigeuse a recouvert la vie. Les marmottes sont rentres, nos vélos recouverts d’une couche de glace, la tente transformée en igloo.
Deux agneaux n’ont pas attendus les lueurs du jour pour mourir, ils sont aussitôt égorgés,
tête en bas, sang qui coule sur la steppe immaculée. La vie nomade n est donc pas rose...
Nous plions, il est temps pour nous de partir a la recherche du soleil. Nous franchissons deux petits cols venteux et
glacials, la piste cahoteuse se t
ransforme soudainement en asphalte bien lisse et un drapeau
rouge apparaît au tournant d’un virage : la frontière chinoise. Longue descente de plusieurs jours, les reliefs du Pamir cèdent la place a un désert de roche, un monde minéral ou l’eau se
fait rare. Une lisière de peuplier, des champs de ble, des villages en briques de terre, quelques yourtes et des chameaux annoncent l’oasis verdoyant de la ville de Kashgar. Nous avions toujours
cru que les oasis étaient bordes de palmiers... pas en Asie Centrale ! Au coeur de la vieille ville, certaines choses n’ont pas changes depuis l’époque médiévale, forgerons, dinandiers et
cordonniers utilisent les outils d’antan et la grande mosquée accueille les fidèles depuis 1442. Pendant deux millénaires, Kashgar fut l’un des plus grands centres de négoce de la route de la
soie.
Nous assistons, perplexe, a son dernier souffle. Des quartiers entiers sont rases, des autoroutes et des centres
commerciaux encerclent la vieille ville et nous ressentons en permanence l’oppression du gouvernement Chinois envers les Ouighours et les autres minorités qui peuplent la région depuis
toujours.
Rien est simple en Chine, depuis la frontière nous jouons tous les soirs au « chat et a la souris » pour
planter notre tente a l abri de la police chinoise. Nous ne savons plus grand-chose des actualités et même notre site est censure... Les autorités ont décidé de bloquer fermement les zones
sensibles, évidemment la région autonome du Tibet. Nous avons croise des voyageurs qui n’ont même pas pu approcher la région du Sichuan ou nous étions il y a deux ans. Nous avons décidé de ne pas
prendre le risque de poursuivre la route jusqu’au Tibet et Kathmandou même si nous risquons juste une forte amende et le droit de faire demi-tour après 2000 kilomètres (ce qui est déjà énorme).
Nous partons vers le Nord, le Pic de l’amitie et la région méconnue de l’altai, au confins méridionaux de la taïga sibérienne. A défaut de culture
tibétaine, nous avons tous les deux décidés d’explorer plus profondément la région du Xinjiang et la culture d’Asie Centrale si méconnue.