Jeudi 23 juillet 2009 4 23 /07 /Juil /2009 09:08

 Déçu, nous avons longtemps eu la gorge serrée, nous n'acceptons pas l'échec,  encore moins les ordres et l'autorité. Nous sommes comme çà et difficile a changer, surtout après tout ce que nous avons vécu... Nous comprenons enfin ceux à qui l'on coupe les ailes, ceux à qui l'on vole le silence (propagande chinois par haut-parleur dans tous les  petits villages chinois), ceux que l'on empêche de rêver. Nous les comprenons mais ne serons jamais à la hauteur de leurs détresses... Nous sommes énormément chanceux et avons réalisé nos rêves les plus profonds, nous reviendrons en pleine santé, nous choisirons notre avenir, nous profiterons des meilleurs moments de la vie, on ne sera pas jeté en prison ou condamné à mort pour nos opinions... Ce ne sera pas le cas de la majorité des personnes que nous avons croisées, ceux qui nous ont aidé tout au long de notre voyage... Des bergers Tadjiks au nomades mongols...

Gare de Niort. Nos regard se posent sur les grues des chantiers, errent sur les façades fraichement ravalées. Nous en avons cure, de ce qui a changé, pas changé. Nous avons changé, aprés tout ces voyages, en bouclant notre Trilogie Asiatique. Nous sommes toujours les mêmes pourtant, mais plus abouti, plus fort, plus profond.  Quelques années plus tôt, on était là, à boucler nos sacs, à enfourcher nos vélos sans la moindre idées des aventures au-devant desquelles on allait pédaler. On a traversé beaucoup de choses, essuyé les tempêtes et partagé les épreuves. Mais plus que tout, le bonheur immense d’une vie nomade, à deux et au long cours dans un univers riche. Nous retrouvons la famille, les amis... Je planque mon émotion derrière ma dérision habituelle, singe le cérémoniel. C'est étrange, nous sommes arrivés après des semaines sous hautes tension, d'efforts, de concentration. On se regarde avec Lucylle; un lien plus solide qu'une corde s'est instauré doucement entre nous. Une belle cordée. Et toujours les mêmes questions: Pourquoi faites vous tout celà? Qui vous paie? Comme si l'aventure devait se justifier, alors qu'elle constitue simplement l'expression d'une vie...vivante. Nos voyages sont peut-être simplement l'histoire de coeurs qui battent. L'histoire d'un souffle, d'une respiration. Et qu'y a t'il de plus beau?

 

 

Nomade, du grec nomas nomados, « qui fait paitre »... Étymologiquement, le nomade est un berger, un pasteur. Il conduit le bétail, il mène ses ouailles. Il marche devant, il indique le chemin. Il sait ce qu'il y a au delà de l'horizon. C'est un guide, un sage. Il est a la fois ici et ailleurs. Il a son pays attache a ses semelles, ne désirant pas d'autre patrie que l'herbe qui ondule, les dunes qui ondoient, les sentiers de la toundra ou de la foret, l'infini des glaces ou de la savane. Notre espèce est migratrice. Nomade dans l'âme et au plus profond de chacun de nous. Voici deux millions d'années, notre ancêtre Homo Erectus a quitte l'Afrique pour devenir l'homme de Java, de Pékin ou de Tautavel. Homo Sapiens a recommence voici cent mille ans: il a étendue son royaume a la planète. En ce début du XXIeme  siècle, plus de la moitie des humains vivent en ville, demain les trois quart. Mais le nomadisme est a la mode. Glorifie par les médias, nous changeons de travail, le tourisme pullule (et pollue), les camping car pétaradent... Nous communiquons grâce a des instruments que nous qualifions précisément de « nomades »: le téléphone et l'ordinateur portable. Nous rêvons du mode de vie affranchie de ceux qui n'ont que leurs pieds... Mais la vie des vrais nomades devient un calvaire. Nous côtoyons et dénigrons le gitan que l'on accuse toujours de voler des poules. L'Inuit sur la banquise, l'indien des plaines, le Touareg du Sahara, , l'aborigène d'Australie, le Mongol des steppes... Tous méprisés, assassines, spolies et mis en cage dans d'horribles camps de béton ou on leur coupe a la fois les ailes de l'esprit et le désir d'exister. Car tout pouvoir politique, tel qu'il soit, a horreur des incontrôlables. Quelques peuples, encore, vivent avec le vent de la steppe ou du désert. Ils sont en sursis. Fragiles. Menacés. Mais d'autant plus précieux qu'ils portent tous le même nom: « Liberté »!  

    
Par Lilian et Lucylle - Communauté : Littérature et voyages
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